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Carnaval de Guadeloupe : dates 2027, mas et jours gras

Dans cette page
- Une saison de fête, pas un simple défilé
- Quelles sont les dates du carnaval de Guadeloupe en 2027 ?
- Pourquoi les dates bougent-elles d'une année sur l'autre ?
- Gwoup a po, mas, caisses claires, synthé : qui fait le carnaval ?
- Tambour ka, conque de lambi, chacha : d'où vient ce son
- Vaval et le peuple des mas
- Où voir les défilés ? Pointe-à-Pitre, Basse-Terre et les communes
- Commune par commune : où tombent les autres dimanches
- Marie-Galante, La Désirade, Les Saintes : le carnaval des dépendances
- Couleurs des jours et déboulés du dimanche matin : les codes à connaître
- Déboulé, défilé, parade : trois mots à ne pas confondre
- Bain démarré, lévé pyjama, mariage burlesque : les rendez-vous hors jours gras
- La mi-carême, le deuxième souffle que beaucoup ignorent
- Y assister en visiteur : où se placer, quoi éviter
- Avec des enfants, dans le bruit, appareil photo en main
- Ce que le carnaval porte de mémoire
- Ce que le carnaval change pour votre séjour
- Questions fréquentes
En Guadeloupe, le carnaval n’est pas un week-end de festivités mais une saison entière. Des premiers dimanches de janvier au brûlage de Vaval le soir du Mercredi des Cendres, l’archipel vit au rythme des déboulés, des tambours en peau de cabri et des caisses claires. Voici comment le comprendre, où le voir et comment en profiter en visiteur, dates 2027 comprises.
- Saison : de l’Épiphanie, début janvier, au Mercredi des Cendres, avec des défilés chaque dimanche dans les communes.
- Jours gras 2027 : du dimanche 7 au mercredi 10 février, avec Mardi gras le 9 février.
- Où : Pointe-à-Pitre pour les grandes parades, Basse-Terre pour le Mercredi des Cendres, les communes le reste de la saison.
- Quatre familles de groupes : gwoup a po (tambours), groupes à mas, groupes à caisses claires, groupes à synthé.
- Budget : assister aux défilés est gratuit ; le vrai poste de dépense, c’est l’hébergement, car le carnaval tombe en pleine haute saison.
Une saison de fête, pas un simple défilé
Le carnaval guadeloupéen s’étire sur près de deux mois. La saison s’ouvre autour de l’Épiphanie, début janvier, et monte en puissance dimanche après dimanche jusqu’aux jours gras, quatre journées d’affilée qui culminent le Mardi gras et se referment le Mercredi des Cendres. Ce n’est donc pas un événement daté comme un festival, mais une période, avec ses rendez-vous fixes et ses codes.
Cette longévité s’explique par ce que le carnaval représente ici. Né dans la société coloniale, retourné par les esclaves puis par leurs descendants en espace de dérision et de résistance, il reste un moment où la rue appartient aux groupes, à leurs tambours et à leurs masques. Les Guadeloupéens ne le regardent pas, ils le font : chaque commune a ses associations, ses répétitions hebdomadaires et son dimanche de parade.
Pour un visiteur, cela change la façon d’en profiter. Inutile de caler tout un voyage sur le seul Mardi gras : un séjour en janvier ou début février croisera forcément un défilé, une répétition ou un déboulé du dimanche matin.
Quelles sont les dates du carnaval de Guadeloupe en 2027 ?
Les dates changent chaque année, car elles dépendent de Pâques : Mardi gras tombe 47 jours avant le dimanche de Pâques. En 2027, Pâques est célébré le 28 mars, ce qui place Mardi gras le mardi 9 février 2027. Le reste du calendrier se déduit autour de cette date pivot.
| Moment | Date 2027 | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Ouverture de la saison | Début janvier, autour de l’Épiphanie | Premiers déboulés et sorties de groupes, programme officiel publié commune par commune |
| Dimanches de janvier | Chaque dimanche jusqu’aux jours gras | Parades tournantes dans les communes, déboulés au petit matin |
| Dimanche gras | 7 février 2027 | Grande parade, la plus suivie, à Pointe-à-Pitre |
| Lundi gras | 8 février 2027 | Mariages burlesques et sorties nocturnes |
| Mardi gras | 9 février 2027 | Défilés en rouge, jour des diables et de Vaval |
| Mercredi des Cendres | 10 février 2027 | Foule en noir et blanc, brûlage de Vaval au crépuscule |
| Mi-carême | Un jeudi de début mars | Le carnaval renaît une journée, en rouge et noir |
Seules les dates des jours gras sont certaines, car elles découlent du calendrier religieux. Les horaires et parcours précis des parades, eux, sont arrêtés en début d’année par les communes et les fédérations de groupes : vérifiez le programme officiel quelques semaines avant votre départ.
Pourquoi les dates bougent-elles d’une année sur l’autre ?
Tout part de Pâques, fête mobile fixée au premier dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. Le Mercredi des Cendres, qui ouvre le carême, tombe 46 jours avant ce dimanche, et Mardi gras la veille. Retenez la règle plutôt que la date : Mardi gras, c’est Pâques moins 47 jours, partout dans le monde catholique, donc en Guadeloupe comme en Martinique ou à Nice.
L’ouverture de la saison, elle, obéit à un usage et non à une règle stricte. Certaines communes lancent leurs sorties dès le premier dimanche de janvier, d’autres attendent le premier dimanche après l’Épiphanie du 6 janvier. Pour 2027, cela situe les premières parades entre le dimanche 3 et le dimanche 10 janvier selon les programmes, et c’est bien ainsi qu’il faut le lire : une fenêtre, pas une date gravée.
La fin de saison réserve la même souplesse. Après le Mercredi des Cendres, la mi-carême ramène les groupes dans la rue le jeudi de la troisième semaine de carême, soit le jeudi 4 mars 2027. Le programme détaillé, lui, est publié au fil de l’hiver par les comités de carnaval communaux et par les fédérations qui coordonnent les sorties, à commencer par le groupement des comités de la région pointoise. Ce sont ces calendriers, pas les guides de voyage, qui font foi pour un horaire de départ ou un parcours.
Gwoup a po, mas, caisses claires, synthé : qui fait le carnaval ?
Quatre familles de groupes se partagent la rue, et les distinguer transforme votre regard sur un défilé. Les gwoup a po, les groupes à peau, sont les gardiens de la tradition : tambours tendus de peau de cabri, conques de lambi, sifflets et fouets qui claquent en tête de cortège, costumes de toile de jute, de feuillage ou de masques. Akiyo, né à Pointe-à-Pitre à la fin des années 1970, en est la figure la plus connue ; Voukoum tient le même rôle à Basse-Terre. Un gwoup a po ne parade pas, il marche, et la foule des suiveurs avance derrière lui.
Les groupes à caisses claires offrent un tout autre spectacle : sections de percussions serrées, cuivres, chorégraphies répétées pendant des mois, costumes à plumes et paillettes changés chaque année. Ce sont eux qui donnent aux grandes parades leur côté show, avec des noms comme Magma, Waka ou Kontak’ que les Guadeloupéens suivent comme des équipes.
Restent les groupes à synthé, reconnaissables à leurs chars sonorisés qui diffusent des compositions créées pour la saison. Moins traditionnels, ils entretiennent l’ambiance entre deux sections de percussions et font danser les trottoirs.
La quatrième famille est la plus jeune et la plus mordante : les groupes à mas, apparus au milieu des années 2000 autour de formations comme Mass Moul Massif, au Moule, ou Tonshi Mass, à Pointe-à-Pitre. Masques uniformes, sifflets, fouets, steel pan et chorégraphies réglées au cordeau : ils reprennent l’esthétique du masque traditionnel pour en faire une caricature de l’actualité. Un groupe à mas qui arrive, c’est un mur de visages identiques qui avance au sifflet, et l’effet sur la foule est saisissant.

Tambour ka, conque de lambi, chacha : d’où vient ce son
On entend un groupe bien avant de le voir, et c’est l’une des sensations les plus fortes du carnaval guadeloupéen. Le socle, c’est le tambour tendu de peau de cabri, le ka, joué à mains nues ou à la mailloche, porté en bandoulière et frappé en marchant. Plusieurs dizaines de tambours ensemble ne produisent pas une mélodie mais une pulsation qui se prend dans la poitrine ; c’est physique, et cela explique que la foule finisse par marcher au pas du groupe sans y penser.
Autour du ka gravitent des instruments plus discrets mais indispensables. La conque de lambi, ce gros coquillage percé qui servait autrefois à appeler et à rassembler, ouvre les cortèges d’un souffle grave, et ce sont souvent des femmes qui en jouent. Le chacha, calebasse remplie de graines de toloman, pose la texture granuleuse qui tient le rythme. Les fouets, eux, ne sont pas des accessoires : leurs claquements annoncent l’arrivée d’un groupe à peau plusieurs rues à l’avance et rappellent, sans commentaire, la violence de la période esclavagiste.
Les autres familles ont leur signature. Les groupes à caisses claires du sud de Basse-Terre jouent volontiers le cabolo, un rythme hérité des grands orchestres antillais du siècle dernier, et y ajoutent des cuivres quand leur budget le permet. Les groupes à synthé, eux, font tourner une ligne de basse calquée sur le chouval bwa, ce galop emprunté aux percussions martiniquaises et transposé à la guitare basse au milieu des années 1980. Rien de tout cela n’est figé : chaque saison apporte ses compositions, que les groupes travaillent dès l’automne.

Vaval et le peuple des mas
Sous le mot mas, qui vient de masque, se cache tout un répertoire de personnages. Chacun raconte quelque chose de l’histoire de l’archipel, et beaucoup de visiteurs passent à côté faute de savoir ce qu’ils regardent. Le mas n’est pas un déguisement : c’est un rôle, souvent tenu en marge du défilé officiel, et il est là pour déranger autant que pour amuser.
Vaval, le roi qu’on brûle
Vaval, diminutif créole de carnaval, est représenté par un bwabwa, une grande effigie articulée qui caricature une personnalité ou les travers de l’année écoulée. Il apparaît dès le Dimanche gras, trône sur les chars du Mardi gras aux côtés du Bœuf Gras, puis meurt le Mercredi des Cendres devant une foule en noir et blanc qui lui fait un enterrement parodique. Son incinération vaut purification : on brûle avec lui les mauvaises affaires de l’année, et il renaîtra en janvier.
Les mas qui portent la mémoire
Le mas a gwo siwo, aussi appelé mas a goudwon ou mas a kongo, s’enduit le corps de mélasse noire et se rougit les lèvres au roucou. Il porte un pantalon de travailleur des champs et il représente les Africains déportés dans les Antilles. Le mas a rannyon, couvert de haillons multicolores cousus sur de vieux vêtements, dit la pauvreté qui suit les dépenses de Noël, et c’est traditionnellement lui qui ouvre la saison. Le mas a fwèt, chemise et pantalon de madras, tête encagoulée, fait claquer son fouet et symbolise la fécondité. Quant au mas a woukou, vêtu d’un pagne de feuilles et couvert d’huile de roucou, il évoque les premiers habitants de l’archipel.
Ceux qui font peur, et celui qui marche sur des échasses
Le mas a lanmò, drapé de blanc ou de noir sous un masque funéraire, enveloppe les spectateurs et pique parfois d’une épingle : mieux vaut le savoir avant de se retrouver nez à nez avec lui. Le mas a kòn porte des cornes de bœuf, symbole de puissance dans un monde rural. Le mas a miwa, constellé d’éclats de miroir sur du madras, parle de changement et rend hommage à la communauté indienne de Guadeloupe. Le plus spectaculaire reste le moko zombi, appelé aussi mas a biki : un homme habillé en femme, masqué, juché sur des échasses, qui danse au triangle et à l’accordéon et dominait autrefois la foule en tendant son parapluie pour la quête. Les enfants, eux, ont leur propre personnage, le mas a banblet.

Où voir les défilés ? Pointe-à-Pitre, Basse-Terre et les communes
Pointe-à-Pitre concentre les plus grandes parades, à commencer par celle du dimanche gras, la plus longue et la plus suivie de l’année. Les groupes défilent dans les rues du centre-ville et sur les grands axes, devant un public massé sur plusieurs rangs. C’est le rendez-vous à choisir si vous ne devez en voir qu’un, à condition d’arriver tôt.
Basse-Terre, la capitale administrative, cultive une tradition carnavalesque plus enracinée encore, portée notamment par Voukoum. C’est là que le Mercredi des Cendres prend toute sa dimension : la foule vêtue de noir et blanc accompagne Vaval, le roi du carnaval incarné par une effigie, jusqu’à son brûlage au crépuscule. L’ambiance, entre deuil parodique et ferveur réelle, ne ressemble à aucun autre moment de la saison.
Le reste du temps, le carnaval tourne : Le Moule, Sainte-Anne, Baie-Mahault, Petit-Bourg et la plupart des communes accueillent chacune leur dimanche de parade. Le calendrier est publié en début d’année, notamment par le Comité du tourisme des îles de Guadeloupe. Où que vous logiez, sur Grande-Terre ou sur Basse-Terre, un défilé passe forcément à moins d’une demi-heure de route.
Une précision utile pour ne pas se tromper de journée : le Dimanche gras appartient à Pointe-à-Pitre, mais le Mardi gras se joue à Basse-Terre, dont la grande parade descend les rues en pente du chef-lieu et se termine souvent par un feu d’artifice sur la baie. Le Lundi gras se partage entre la parade nocturne de Basse-Terre et celle de Saint-François. Et le brûlage de Vaval n’a pas lieu qu’au chef-lieu : Pointe-à-Pitre organise le sien sur le quai de la Darse, et plusieurs communes font de même le même soir.
Commune par commune : où tombent les autres dimanches
Les intitulés changent d’une année sur l’autre, mais les habitudes tiennent. Voici ce que vous avez des chances de croiser si votre séjour ne couvre pas les jours gras, sachant qu’un coup d’œil au programme de la commune reste indispensable avant de prendre la route.
Le Moule et Capesterre-Belle-Eau
Le Moule, sur la côte atlantique, tient l’une des parades les plus suivies de janvier et abrite plusieurs groupes de premier plan, dont Mass Moul Massif et des formations à caisses claires bien installées. L’ambiance y est franchement locale, avec moins de visiteurs qu’à Pointe-à-Pitre et une rue principale facile à border. À Capesterre-Belle-Eau, côté Basse-Terre, la saison est portée par des groupes comme Kasika et par un carnaval des enfants très soigné ; c’est aussi une commune où se tiennent régulièrement des élections de roi et de reine.
Sainte-Anne, Saint-François et la côte sud
À Sainte-Anne, les déboulés de groupes à peau s’organisent souvent en soirée et se prolongent tard, dans une atmosphère plus intime que les grandes parades. Saint-François accueille pour sa part l’une des deux parades nocturnes du Lundi gras, avec un concours de chorégraphie qui pousse les groupes à sortir leurs meilleures mises en scène. Les deux communes se trouvent à moins de trente minutes l’une de l’autre, ce qui permet d’enchaîner sans repartir à l’autre bout de l’archipel.
Les Abymes, Baie-Mahault et l’agglomération
Autour de Pointe-à-Pitre, les communes de l’agglomération multiplient les rendez-vous de janvier : sorties nocturnes de groupes à mas aux Abymes, défilés d’enfants et parades de quartier à Baie-Mahault, déboulés à Sainte-Rose. Ce sont souvent les meilleurs endroits pour une première approche : la foule reste raisonnable, on se gare sans drame et l’on voit les groupes de beaucoup plus près qu’au milieu d’une grande parade.

Marie-Galante, La Désirade, Les Saintes : le carnaval des dépendances
Les îles du sud vivent leur propre saison, plus courte et beaucoup moins fréquentée. À Marie-Galante, le temps fort est une grande parade à Grand-Bourg fin janvier, et les défilés tournent d’une commune à l’autre selon les années. Le concours de costumes du Mardi gras y est pris très au sérieux, et voir un groupe passer devant un moulin à cannes vaut à lui seul la traversée.
La Désirade lance en général sa parade principale à la mi-janvier, sur le front de mer : quelques centaines de personnes, deux ou trois groupes, et une atmosphère de fête de village qui n’a rien à voir avec la densité de Pointe-à-Pitre. Aux Saintes, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas organisent chacune leur défilé de janvier, et Terre-de-Bas entretient même son propre groupe à synthé.
Un point logistique à ne pas négliger : les liaisons maritimes ne s’adaptent pas au carnaval. Les dernières navettes du soir partent à l’heure habituelle, souvent bien avant la fin d’une parade. Si vous voulez rester jusqu’au bout, dormez sur l’île et réservez tôt, car le parc d’hébergement y est réduit.
Couleurs des jours et déboulés du dimanche matin : les codes à connaître
Le carnaval guadeloupéen a ses conventions, et les connaître évite de passer à côté de ce qui se joue. Chaque jour gras a sa couleur : le rouge domine le Mardi gras, jour des diables, où les groupes et une bonne partie du public s’habillent de rouge des pieds à la tête. Le Mercredi des Cendres impose le noir et blanc, couleurs du deuil de Vaval. À la mi-carême, parenthèse festive au milieu du carême, on ressort en rouge et noir pour une journée.
L’autre rendez-vous codé, c’est le déboulé du dimanche matin. Bien avant le lever du jour, les gwoup a po s’élancent dans les rues au son des tambours, et quiconque le souhaite marche derrière eux. Pas de barrières, pas de scène : juste un rythme de marche hypnotique qui avale les rues jusqu’au matin. Pour beaucoup, c’est le visage le plus authentique du carnaval, à des années-lumière des parades à paillettes.

Déboulé, défilé, parade : trois mots à ne pas confondre
Sur les programmes, les trois termes se succèdent sans explication, et un visiteur qui les confond se retrouve parfois en début de soirée devant une rue vide. Le déboulé est le format le plus brut : un groupe à peau descend dans la rue, sans barrières ni tribunes, et le public marche avec lui. Cela se passe le plus souvent à la tombée de la nuit ou à l’aube, cela dure des heures et cela ne se regarde pas assis.
Le défilé, lui, suit un parcours annoncé. Les groupes à caisses claires et à mas y présentent leur costume de la saison et leur chorégraphie, dans un ordre de passage établi. On peut s’installer sur un trottoir, voir le cortège venir puis repartir, et compter sur un horaire à peu près tenu.
La parade est la version grand format : chars, éclairages, jury, retransmission télévisée parfois. C’est ce qui se passe le Dimanche gras à Pointe-à-Pitre et le Mardi gras à Basse-Terre, et cela peut courir sur huit heures et davantage, jusque tard dans la nuit. Un dernier mot revient souvent : le vidé, ce cortège collectif du Mercredi des Cendres où la foule accompagne Vaval jusqu’au bûcher.

Bain démarré, lévé pyjama, mariage burlesque : les rendez-vous hors jours gras
La saison ne se résume pas aux quatre journées de février, et plusieurs de ses moments les plus singuliers tombent hors des grandes parades. Le premier, le bain démarré, ouvre l’année le 1er janvier. Des groupes à peau se rassemblent au petit matin puis gagnent la plage de Bas-du-Fort, au Gosier, pour un bain de mer collectif accompagné de feuillages et d’offrandes. Le geste est de purification : on lave l’année écoulée avant d’entrer dans la saison. Prévoyez un maillot et de quoi vous sécher, l’ambiance est autant recueillie que festive.
Le Lundi gras concentre à lui seul plusieurs traditions. À l’aube, le lévé pyjama envoie dans les rues de Basse-Terre des carnavaliers en tenue de nuit, suivi dans la matinée par le défilé des marchandes. Vient ensuite le mariage burlesque, où des couples échangent les rôles et les vêtements dans une parodie assumée de la cérémonie. Rien de tout cela ne se prend au sérieux, et c’est précisément le propos.
Reines, enfants et mas du matin
Le carnaval a aussi ses concours. L’élection des reines se joue à plusieurs niveaux, du titre des lycées à celui de chaque commune jusqu’à la reine départementale, et les prétendantes se présentent en costume traditionnel, en tenue de soirée puis travesties. Les enfants ont leur propre circuit, avec la ronde des écoles, des défilés familiaux en début d’après-midi et l’élection d’une mini-reine qui les représentera pendant les jours gras.
Restent les rendez-vous les plus confidentiels, souvent les plus marquants. Le samedi qui précède les jours gras, certains groupes sortent au lever du jour pour un mas du matin : costumes sombres, visages couverts, peinture et boue, musique lente. Et le Mas Vyé Fò, l’un des plus anciens rendez-vous de l’archipel selon le comité du tourisme, rappelle à quel point ces formes précèdent de loin les parades télévisées.

La mi-carême, le deuxième souffle que beaucoup ignorent
Le Mercredi des Cendres n’est pas tout à fait la fin. Trois semaines plus tard, la mi-carême rouvre la parenthèse pour une journée : le jeudi de la troisième semaine de carême, soit le jeudi 4 mars 2027. Les groupes ressortent, la foule se met en rouge et noir, et les diablesses reprennent la rue à Basse-Terre comme à Pointe-à-Pitre, en fin d’après-midi et jusque dans la soirée.
C’est un rendez-vous que la plupart des guides de voyage passent sous silence, et c’est une bonne nouvelle pour qui ne peut pas venir en février. La fréquentation est bien moindre, les hébergements se trouvent plus facilement, les tarifs aériens ont commencé à redescendre, et l’on voit les groupes dans des conditions plus confortables qu’un dimanche gras. Le format est plus court, une soirée plutôt qu’une journée entière, mais l’énergie est la même.
Un détail à anticiper : la mi-carême tombe un jeudi, en pleine semaine de travail. Les parades démarrent donc plus tard que le week-end, et les centres-villes concernés se bloquent en fin de journée, au moment précis où la circulation est déjà chargée. Si vous logez loin, partez très en avance ou renoncez à la voiture.
Y assister en visiteur : où se placer, quoi éviter
Assister à une parade ne demande ni billet ni réservation, seulement un peu d’organisation. Arrivez une à deux heures avant le passage des groupes pour choisir votre emplacement : un coin ombragé en bord de parcours, idéalement près d’un virage, où les groupes ralentissent et où les chorégraphies se voient le mieux. Prévoyez de l’eau, un chapeau et des espèces pour les vendeurs de bokits, de sorbet coco et de boissons qui suivent la fête.
Quelques règles de respect font la différence. On ne traverse jamais un cortège en cours de passage, même pressé. On ne touche ni les costumes ni les instruments, dont certains représentent des mois de travail. Pour les photos rapprochées, notamment des mas, ces personnages masqués parfois impressionnants, un signe ou un mot pour demander l’accord évite les malentendus. Et si vous suivez un déboulé, restez derrière le groupe, dans la foule des suiveurs : les rangs des musiciens et des porteurs de costumes ne se rejoignent pas d’eux-mêmes.
Les axes des parades sont fermés plusieurs heures avant le départ et les véhicules gênants sont enlevés. Repérez le parcours à l’avance, garez-vous à distance et finissez à pied : le centre de Pointe-à-Pitre se bloque très vite un dimanche de défilé.
Avec des enfants, dans le bruit, appareil photo en main
Le premier point dont personne ne parle, c’est le volume sonore. Plusieurs dizaines de tambours à quelques mètres, ce n’est pas une ambiance, c’est un mur de son, et de jeunes enfants le vivent mal. Des bouchons d’oreilles en mousse, achetés avant de partir, règlent la question pour eux comme pour les adultes sensibles. Plusieurs communes installent aussi des tribunes encadrées le long des grands parcours : renseignez-vous auprès de la mairie ou de l’office de tourisme, c’est la solution la plus confortable avec de jeunes enfants.
Le choix de la journée compte autant que celui de l’emplacement. Les grandes parades démarrent en début d’après-midi et se terminent tard dans la nuit, ce qui est peu compatible avec un rythme d’enfant. Les défilés d’enfants organisés dans les communes, en général en milieu d’après-midi, font une bien meilleure porte d’entrée, tout comme les parades de janvier, plus courtes et moins denses.
Côté équipement, restez simple : vêtements légers, chaussures fermées parce que les pieds prennent, chapeau, crème solaire et une cape de pluie repliable, les averses de carême étant brèves mais copieuses. Emportez des espèces, les stands de rue ne prennent pas la carte. Gardez votre sac devant vous dans la foule et convenez d’un point de retrouvailles, les portables ne captent plus toujours quand des milliers de personnes se massent au même endroit.
Enfin, la photo. Un groupe en mouvement se photographie de loin et de trois quarts, pas au ras des visages. Certains mas ne veulent pas être identifiés, et c’est le sens même du masque : un flash dans les yeux d’un porteur de mas est au mieux maladroit. Demandez, attendez le signe de tête, et rangez l’appareil quand on vous le fait comprendre. Vous verrez bien mieux la fête en la regardant qu’en la filmant.
Ce que le carnaval porte de mémoire
Le carnaval arrive en Guadeloupe avec les colons, comme partout dans le monde chrétien, pour faire la fête avant les privations du carême. Les esclaves y sont progressivement admis, y introduisent leurs propres traditions et y gagnent le droit, pendant ces quelques jours, de se moquer de leurs maîtres sans conséquence. Ce renversement temporaire n’a jamais disparu : il est resté le moteur de toute la fête.
C’est ce qui explique la charge des mas. Les corps enduits de mélasse, les fouets qui claquent, les haillons, les chaînes portées en accessoire ne sont pas des trouvailles esthétiques : ce sont des citations, et le public guadeloupéen les lit comme telles. Le carnaval dit l’esclavage en le mimant, exactement comme il dit l’actualité en caricaturant Vaval. Pour un visiteur, la différence entre un spectacle de rue et un acte de mémoire tient à ce qu’il sait en le regardant.
La dimension politique s’est réaffirmée à partir des années 1970 et 1980, avec la naissance d’Akiyo à Pointe-à-Pitre en 1979 puis de Voukoum à Basse-Terre en 1988. Ces groupes ont remis les tambours au centre, revendiqué le créole et le lien avec le gwoka, et fait du déboulé un geste culturel autant que festif. Aujourd’hui encore, les thèmes que les groupes choisissent chaque saison parlent de ce qui occupe l’archipel, et la satire passe parfois avant la belle image.
Le meilleur conseil qu’on puisse donner tient en une phrase : regardez le carnaval comme une prise de parole collective, pas comme un défilé de costumes. Vous en profiterez davantage, et vous éviterez les gestes qui blessent, du masque touché à la photo volée. Le reste de la culture créole se visite le reste de l’année, à commencer par notre page culture et saveurs de Guadeloupe.
Ce que le carnaval change pour votre séjour
Le carnaval tombe en plein carême, la saison sèche, qui est aussi la haute saison touristique. Les vols et les hébergements de janvier et février partent tôt, et les jours gras ajoutent une demande locale et régionale à celle des visiteurs : si vous visez le Mardi gras 2027, réservez plusieurs mois à l’avance. Pour situer le carnaval dans le climat et la fréquentation de l’année, notre guide Quand partir en Guadeloupe détaille saison par saison.
Sur place, anticipez les fermetures. Les dimanches de parade, les centres-villes concernés sont coupés à la circulation une bonne partie de l’après-midi. Lundi et Mardi gras, beaucoup de commerces, d’administrations et de restaurants baissent le rideau, et le Mercredi des Cendres reste une journée au ralenti. Ce ne sont pas de bons jours pour un transfert d’aéroport serré ou une location de voiture à récupérer en ville : prévoyez de la marge, et profitez plutôt de la fête.
Questions fréquentes
Combien de jours dure le carnaval de Guadeloupe ?
La saison s’étale sur près de deux mois, de l’Épiphanie début janvier au Mercredi des Cendres, en février ou début mars selon les années. Elle vit surtout le week-end, avec un défilé chaque dimanche, puis en continu pendant les quatre jours gras. La mi-carême ajoute une journée de fête au milieu du carême.
Quel est le plus beau moment du carnaval de Guadeloupe ?
Cela dépend de ce que vous cherchez. Pour le spectacle, la grande parade du dimanche gras à Pointe-à-Pitre rassemble les plus gros groupes et les plus beaux costumes. Pour l’émotion, le Mercredi des Cendres à Basse-Terre, en noir et blanc autour de Vaval, est unique. Pour l’authenticité, un déboulé du dimanche à l’aube reste inoubliable.
Quelles sont les dates du carnaval antillais en 2027 ?
Toutes les Antilles françaises suivent le même calendrier, calé sur Pâques. En 2027, les jours gras vont du dimanche gras 7 février au Mercredi des Cendres 10 février, avec Mardi gras le 9 février. La Guadeloupe comme la Martinique lancent leur saison dès début janvier, avec des parades chaque dimanche.
Qu’est-ce que le carnaval créole ?
C’est le nom donné aux carnavals des Antilles françaises et de Guyane. Ils suivent le calendrier liturgique européen, mais avec leurs propres figures : Vaval, les mas, les déboulés de groupes à peau, les couleurs imposées par jour. Ce n’est ni une copie de Rio ni un défilé folklorique : c’est une saison entière, satirique et profondément identitaire.
Faut-il se déguiser pour assister au carnaval de Guadeloupe ?
Aucune obligation, mais une couleur ou un accessoire suffisent à ne pas rester à côté de la fête, surtout le Mardi gras en rouge et le Mercredi des Cendres en noir et blanc. Évitez en revanche d’imiter un mas traditionnel sans savoir ce qu’il représente. Des chaussures fermées et confortables comptent bien plus que la tenue.
Peut-on suivre un déboulé quand on est de passage ?
Oui, les déboulés sont ouverts : il suffit de marcher derrière le groupe, avec les suiveurs. Restez en retrait des musiciens et des porteurs de masques, adaptez-vous au rythme du cortège et évitez de filmer au ras des visages sans accord. Prévoyez de bonnes chaussures, la marche peut durer des heures.
Que devient Vaval après le Mardi gras ?
Vaval, le roi du carnaval représenté par une effigie souvent satirique, meurt le Mercredi des Cendres. La foule, vêtue de noir et blanc, l’accompagne dans un cortège funèbre parodique avant son brûlage au crépuscule, particulièrement suivi à Basse-Terre. Sa mort clôt officiellement la saison, jusqu’à sa renaissance l’année suivante.
Lucie s'occupe des dépendances, Marie-Galante en tête, des budgets et des itinéraires. Elle compte les nuits d'hôtel en carême et en hivernage avant de conseiller une date.


